Au bord...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Au bord...

Message  Laurea le Dim 22 Sep 2013 - 15:50






Au bord de quelque chose, toujours.
Dans l’insécurité native.
Au bord d’une compréhension. Ou d’une décision définitive.
Au bord d’une imminence.

Un franchissement de col, à partir duquel tout pourrait s’inverser, la vision s’agrandir, le souffle s’apaiser.

Ne plus avoir à haleter pour atteindre le sommet, jouir du paysage en amorçant la descente, laisser aller un pied après l’autre sur le sentier accueillant, celui qu’on sait rejoindre le havre, là-bas au creux de la vallée, ardemment pressenti depuis l’autre versant.

Mais le col n’est jamais là où l’on croit.

Légèreté, légèreté, je t’appelle
Je te donne en secret un nom d’oiseau
Je te nourrirai dans ma paume avec le meilleur de moi-même
J’abandonnerai mes lourds vêtements
Je te laisserai rompre du bec les attaches usées mais tenaces
Les dépouilles mortes qui encombrent le champ du ciel
J’aurai pour toi le bleu soyeux des étangs du désir
J’attiserai le feu qui consume

Je brûlerai les oripeaux pendus à mon cœur, viandes flasques pourvoyeuses de pourriture, sang sale virant au noir, attirant mouches et vers voraces.

Légèreté, légèreté
Je chanterai pour toi un air soufi jamais entendu
J’inventerai dans ma gorge une coulée de miel né des roseaux
Un souffle sûr, porteur de messages clairs
Un souffle vaste autant que ferme sur lequel nous embarquerons
Et tu m’enseigneras l’art et le savoir-ailé, le pur-ici sans poids
La transparence cachée sous tes paupières au centre de ton iris
De ton iris de nouveau-né un instant surpris dans l’enchantement dérobé du monde


Francoise Ascal



avatar
Laurea

Messages : 51
Date d'inscription : 11/09/2013

Revenir en haut Aller en bas

Re: Au bord...

Message  Francesca le Dim 22 Sep 2013 - 16:20

cheers Je connais un tout petit peu cet auteur... J'ai adoré ! Merci Laurea pour ce beau passage   

J'ai découvert Françoise Ascal par l'intermédiaire de la Verticalité :

extraitSolitude heureuse. 
Ma colonne vertébrale cherche la verticalité. 
Ce sont les lignes avoisinantes qui agissent. 
Dans la cour rectangulaire, les troncs des tilleuls se dressent, puissants, sereins. Les fréquenter permet d’entrer dans un mode de perception fine. 
Ici, écouter, c’est voir. Et voir, c’est revoir. Revoir le jour après la nuit. Ouvrir les pores de sa propre peau, comme autant de minuscules fenêtres élargissant la prison. 
Prison du corps et de l’âme inquiète. 
Prison obscure où s’ébattent nos peurs, où survivent d’archaïques démons. 
La beauté, lorsqu’elle surgit , fissure nos édifices, qu’ils soient de craintes ou de certitudes. Depuis Rimbaud qui l’a trouvée amère, les artistes préfèrent en ricaner. Le temps n’est plus à la célébration. 
Mais faut-il renoncer à entretenir l’étincelle ? 
L’écriture ne pourrait-elle donner à la beauté ses chances d’éclosion, non pas la chercher, non pas la servir, mais lui permettre de naître ? 

Si le monde est en sang, en chaos, en violence toujours renouvelée, si le sens bégaye, faut-il à notre tour bégayer ? Dresser un miroir sur nos seuls faillites ? Abandonner à eux-mêmes les éclats de lumière, fragiles comme nos abeilles en voie de disparition ? [....]







_________________
Les choses qui vont sans dire vont mieux en les disant.

avatar
Francesca
Admin

Messages : 5860
Date d'inscription : 14/03/2012

http://devantsoi.forumgratuit.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: Au bord...

Message  Laurea le Dim 22 Sep 2013 - 21:33


J'adore!!!!! alien  

Si tu as d'autres extraits de ce livre tu peux y aller!! cheers


avatar
Laurea

Messages : 51
Date d'inscription : 11/09/2013

Revenir en haut Aller en bas

Re: Au bord...

Message  Francesca le Mer 25 Sep 2013 - 6:05

ok lauréa, alors pour le plaisir, autres petits extraits.... Wink  

"Suis-je toujours vivante ? 
Est-ce que j’appartiens encore à la communauté qui aujourd’hui agit , croît, espère, se projette ? 

Tenter de comprendre ce monde nouveau qui apparaît, l’explorer sans a priori. Lui poser des questions. Mêmes naïves, mêmes chargées d’une émotion d’un autre âge. 
C’est du statut de ma peau dont il est question. 
Peau et expériences. Peau et émotions. Peau et mémoire. 
Mon corps d’encore vivante, esprit jardin chair enfance battements de cœurs nuages, indémêlables. 
Comment ne s’affolerait-il pas ? 
N’est-il pas menacé ? 
Condamnée à trancher dans ses radicelles ? 
A bétonner ses obscurités si peu fonctionnelles ? 
A entrer dans le moule tendu ? 
Mon « Je » d’aujourd’hui n’est pas rentable. 
Comme ces friches en lisière de villes qu’il faut éradiquer. "





ou bien encore ce petit passage là ....    




" Profondeur du silence. 
Les mots en paraissent plus proches. A fleur de terre. Rien ne vient s’interposer entre le regard et le mot qui a envie de naître. Ici, je peux entendre le besoin des mots d’apparaître. Même sous la neige. 

Qui a besoin de nous ? de moi ? 
Comment savoir dans le tumulte ordinaire ? 
Se peut-il qu’une phrase réclame attention, ici, dans ce silence habité ? une phrase pas plus importante qu’une pousse de pissenlit ? une phrase qui n’ajoutera rien, n’aura rien à offrir de nouveau sous le soleil. 
Non, je n’entends pas des voix , je ne me crois pas investie d’une mission ! 
Il est juste question d’une infime vibration sur la peau. 
Un « vent d’aigrette » peut-être, celui qu’André Breton sentait sur ses tempes lorsque la poésie l’émouvait ? Ce serait trop dire. La phrase dont je parle est nue, inutile, perdue d’avance autant qu’obstinée à vivre. "


  

_________________
Les choses qui vont sans dire vont mieux en les disant.

avatar
Francesca
Admin

Messages : 5860
Date d'inscription : 14/03/2012

http://devantsoi.forumgratuit.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: Au bord...

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum