Je suis prête à mourir

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Je suis prête à mourir

Message  Francesca le Sam 14 Juin 2014 - 11:53

Lydie Violet a 43 ans. Il y a quatre ans, le diagnostic tombe : tumeur au cerveau. Incurable. Les médecins lui donnent huit ans. Depuis, Lydie se bat et se prépare. Elle en a même fait un livre, écrit avec son amie, la romancière Marie Desplechin.  



Un jour de l’été 2001, j’ai eu une crise d’épilepsie au bureau. On m’a dit que c’était “extrêmement grave”. J’ai compris très vite : ça signifiait que ma vie était en suspens. Une seule chose m’est venue à l’esprit : “Il me faut dix ans, pour les enfants.” J’ai besoin de temps pour éduquer mes enfants.
Ce qui était très compliqué, c’est qu’il fallait prendre le temps d’analyser les choses et de savoir comment j’allais faire face à cette situation. Sauf que du temps, j’avais l’impression de ne pas en avoir. C’était à devenir folle… J’ai fini par comprendre que ça ne sert à rien de se précipiter. Qu’il faut ralentir, sortir de l’urgence pour appréhender tranquillement la réalité. Je n’ai pas peur de mourir. Mais de ne pas avoir le temps, oui. J’ai encore beaucoup, beaucoup à faire. Depuis, je n’ai pas le choix : je me bats. Avec le temps, et surtout avec moi-même. Ma maladie m’appartient. C’est comme ça. A partir du moment où j’ai compris cela, je l’ai mieux vécue. Je ne ressens pas de sentiment d’injustice. Jamais. C’est ma vie. C’est difficile, mais c’est comme ça.
Mourir dignement
Avec cette maladie, j’ai fait des convulsions. On appelle ça “la petite mort”. J’ai eu la sensation de partir, qui n’est pas du tout désagréable, et puis celle de revenir, qui est atroce. Depuis, je sais que partir n’est pas douloureux… La mort ne me fait pas peur, mais j’ai besoin de mourir dignement. Ça veut dire qu’il y a un point limite que je ne veux pas dépasser. Je n’ai pas envie de souffrir, et je n’ai pas non plus envie de faire subir cette souffrance à ceux qui m’aiment. Plus on laisse souffrir un mourant, plus on fait de mal à ceux qui l’entourent. Moi, je veux aussi soulager les miens.
Mes enfants...
Je n’en ai pas parlé avec mes enfants, ils sont trop jeunes. J’ai envie qu’ils vivent une enfance normale. Ils vont bien. Bien sûr, ils savent que je suis en danger, mais on rit beaucoup, de tout. On est une famille un peu plus dingue que les autres, parce que tout est plus intense. Par exemple, on joue à partager mes affaires. Ça fait rentrer dans leur tête que le jour où je ne serai plus là, ils auront ça et ça. C’est une manière de faire avancer un peu les choses…
Tout ça, c’est la vie.
D’autres parents peuvent aussi mourir très vite, mais ils n’y pensent pas, et ils n’ont rien préparé. On oublie tous qu’on est mortels, et on oublie de l’apprendre à nos enfants… Moi, j’ai une réalité. Je ne sais pas combien de temps j’ai, mais il y a cette réalité. Et je crois que le seul bon moyen de préparer sa mort, c’est de vivre. Aimer, rire, passer les meilleurs moments possibles.
Je veux tenir le coup… Qu’ils aient des bons souvenirs, que les amis soient là pour eux et qu’ils gardent mon esprit dans leur cœur. Que tout ce qu’on aura vécu ensemble les aide dans le regard qu’ils porteront sur le monde. C’est ça qui est important. Les assurances, le testament, c’est fait. C’est clair, c’est simple ; ce n’est rien. Depuis que je suis malade, je vis en accord avec moi-même.
Aujourd’hui, je ne passe plus ma vie à préparer ma mort. Ça y est, c’est réglé. Je ne pense plus en nombre d’années, je vis, tout simplement. Les choses évoluent, et on évolue avec elles. Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais je vis. Et c’est plus important que tout le reste.
Il m’a fallu du temps pour me désencombrer, mais j’ai fini par comprendre que pour bien vivre sa mort, il faut être sûr que les autres puissent faire leur deuil. Mon boulot, c’est de leur laisser un maximum de bonnes choses et de bons souvenirs auxquels ils pourront se référer. C’est ça, préparer sa mort. Ça paraît fou, mais depuis que je fais comme ça, je me sens mieux. Et je pourrai partir tranquille. »

A lire
La vie sauve de Lydie Violet et Marie Desplechin - Edition du Seuil 2005

 

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Re: Je suis prête à mourir

Message  lunea le Dim 15 Juin 2014 - 9:08

 Très très envie de lire ce livre !
J'ai vu qu'il a été écrit en 2005, est-ce que l'on sait si cette femme vit toujours ???

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Re: Je suis prête à mourir

Message  Ghislaine le Dim 15 Juin 2014 - 20:25

 

Oui, cela donne envie de le lire.

Quand il y a une épreuve dans sa vie, on se prépare, on n'oublie pas qu'on est mortel et on fait au mieux.

  
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Re: Je suis prête à mourir

Message  Francesca le Mar 17 Juin 2014 - 5:39

lunea a écrit: Très très envie de lire ce livre !
J'ai vu qu'il a été écrit en 2005, est-ce que l'on sait si cette femme vit toujours ???
article de janv. 2014 sur france culture
Il y a douze ans,  Lydie Violet apprenait qu’elle était atteinte d’une maladie encore mal connue mais incurable qui lui laissait une espérance de vie de huit ans. Trois tumeurs invasives, inopérables, colonisaient une partie de son cerveau. Elle perdait en une seule fois son travail, le cocon de la vie sociale et l’insouciance humaine qui fait qu’on existe dans l’ignorance de sa mort. Il a fallu réinventer la vie. Elle s’y est employée. Les huit ans qui lui avaient été impartis sont devenus neuf, dix, onze, douze… Mais, au printemps dernier, les tumeurs reprenaient une vigueur alarmante, en dépit des chimiothérapies. Il a fallu se résoudre à la radiothérapie.
 
Après La Vie Sauve, le livre écrit à quatre mains par Lydie Violet et Marie Desplechin, qui reçut le prix Médicis Essai en 2005, Marie et Lydie racontent un été passé à la Pitié, dans le service du professeur Mazeron. Six semaines d’une vie dense  et concentrée comme un extrait, pour Les Pieds sur terre, un jeudi sur deux.

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Re: Je suis prête à mourir

Message  lunea le Mer 18 Juin 2014 - 8:37

Merci Francesca !

Je n'avais même pas pensé à chercher sur internet... du coup j'y suis allée et découvert cet article intéressant...

http://www.telerama.fr/radio/les-batailles-de-lydie-une-ode-a-la-vie-par-marie-desplechin,107671.php

Bonne journée !

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