Le désir

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Aller en bas

Le désir

Message  oursagora le Dim 30 Oct 2016 - 1:55

Rappel du premier message :

le désir .


source jean louis chevreau .


la notion de désir traverse toute la philosophie , de platon a deleuze en passant par spinoza . c' est une notion considérée par la philosophie classique , comme faisant probléme , étant dans sa nature meme contradictoire . le désir est a la fois recherche de satisfaction , mais il est aussi insatisfaction et souffrance . autant le besoin a une nature impétueuse mais limitée , autant le désir semble insaisissable et illimité . ainsi serions nous condamnés aux tumultes de nos désirs , et donc incapables d' atteindre le bonheur . c' est la raison pour laquelle les deux grandes écoles de la sagesse antique ont élaboré une morale ou une maniére de vivre , capable de régler nos désirs . platon saisit bien cette nature ambigue du désir , entre dénuement et plénitude , et fait du désir l' élan de toute recherche dont est issue la philosophie elle meme , comme amour de la sagesse .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas


( f ) le désir .

Message  oursagora le Mer 16 Nov 2016 - 19:55

lecture du discours d' aristophane .


source jean louis chevreau .



il y a dans ce mythe , inventé par platon et prété a aristophane , un passage remarquable , du discours burlesque , en discours philosophique . en effet , comme le texte le dit : " il s' ensuit que chacun est constamment en quéte de la fraction complémentaire , de la tessére de lui meme ." ( 191 d ) . une " tessére " , c' est une piéce de métal fracturée en deux , qui servait de signe de ralliment . c' est un signe , un contrat qui a une signification indéchiffrable sans sa contrepartie . en somme , chaque sexe est le symbole de l' autre : l' amour en tant que tendance a la synthése , serait ce qui crée la reconnaissance des signes des significations . ne pourrait on pas dire , que l' amour est a l' origine du langage ?

l' amour fait parler ( ce qui est aussi développé dans " le phédre " ) , il est non seulement désir de comiques , mais aussi de signifier ( voir ce beau texte de platon ,
barthes : " fragments d' un discours amoureux " ) . cette différenciation des sexes est a l' opposé du monde fermé et ovoidal des androgynes . comme le dit julia kristeva , dans " histoires d' amour " : " l' androgyne , lui , est unisexe : en lui meme il est deux , onaniste averti , totalité close , terre et ciel télescopés , fusion bienheureuse a deux doigts de la catastrophe . l' androgyne n' aime pas , il n' aime pas , il ne communique pas , ne parle pas ."
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Mer 16 Nov 2016 - 23:09

lecture du discours d' aristophane .



source jean louis chevreau .



enfin il faut souligner a propos de ce discours , la position de platon , qui ne partage pas la perspective d' aristophane . en effet , pour aristophane , ces différentes possibilités sexuelles sont , comme je l' ai déja dit , dans la nature humaine , et toute la question de l' amour et de la conduite a tenir n' est plus alors que de retrouver sa moitié perdue . le désir vise une unité perdue , dont il a la nostalgie . par conséquent , il est voué a l' échec . nous ne rencontrons que des symboles ( le symbole est un signe , qui renvoie a autre chose qu' a lui meme , c' est a dire quelque chose d' abstrait ) . cet étre abstrait , c' est celui qui est évoqué dans la réminiscence : réminiscence d' une perfection originaire , d' une unité perdue . la rencontre entre deux étres , ne peut que mimer cette unité perdue , sans toutes les formes des jeux amoureux , ceux du langage et du corps . ainsi éros est pour platon , a la fois maladie et le guérisseur , puisqu' il tente de combler un manque , ( nous verrons avec le discours de diotime - socrate , la nature mixte d' éros ) et cherche inlassablement la perfection dont il a la nostalgie . en somme la sexualité animale , qui est a distinguer de l' éros , du désir , n' a qu une finalité biologique , alors que le désir va bien au - dela de cette pulsion naturelle . c' est en ce sens la que platon inspire freud , en montrant que la libido excéde la simple sexualité génitale . c' est la raison pour laquelle , éros est a l' oeuvre dans toutes les grandes activités créatrices de l' homme : il est a l' oeuvre dans les arts , la technique et toutes les formes supérieures de l' esprit . c' est en cela qu' il nous inspire notre dépassement dans la plénitude de l' ame . en fait , pour platon , le but du désir n' est pas le plaisir , comme chez épicure , mais cette béatitude que seule l' ame est capable d' enfanter . voila pourquoi , l' érotisme platonicien est une métaphysique ( une spiritualité , une mystique ) , qui s' oppose radicalement a cette sexualité , soi - disant libérée, et qui ne retient de l' érotisme , que cette triste et pathétique mécanique de la pornographie .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Jeu 17 Nov 2016 - 1:35

lecture du discours de socrate .



source jean louis chevreau .



l' amour est désir d' absolu , ou d' éternité , et caractérise bien sa nature divine . or , la vérité est l' objet supréme de la philosophie . la philosophie est désir d' une vérité absolue et éternelle . la philosophie est donc amour .

il faut souligner que la prétresse diotime est la premiére platonicienne , c' est elle qui montre le vrai idéal ( et non la louche éloge d' alcibiade ) . julia kristéva , fait remarquer , en poussant sa thése jusqu' au bout , que le socrate idéal , c' est diotime . je la cite : " l' objet aimé est un objet manquant , mais diotime , plus féminine , l' atteint en s' unissant ." l' amour de diotime est un unificateur , il réalise créations et procréations . certes l' objet d' amour est un objet manquant ( éros est fils de 
pauvreté ) , mais il est aussi le chemin ( il est aussi fils de la ruse , de la techné ) . l' amour est le chemin par excellence . en fait , socrate , qui le sait , s' approche les attributs de l' accoucheuse , prend en charge dans ce discours , cette sublimité créatrice et procréatrice garanti par une femme . d' un coté l' on a alcibiade , qui représente l' éros mania , pervers , et de l' autre diotime qui représente l' éros sublime et idéaliste . c' est en ce sens la que lacan verra dans cet éros platonicien , le lien entre l' éros et ptéros ( l' ame ailée ) , le passage de l' éros mania vers l' élévation ailée de l' ame qui n' est autre que " l' amour " , que lacan écrit avec un accent circonflexe .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Jeu 17 Nov 2016 - 10:28

lecture du discours de socrate .



source jean louis chevreau .



l' homme au plus profond de lui meme , désire un bonheur qui le comble absolument ,
éternellement . nous sommes mortels , et nous comprenons , que seul l' amour est aspiration a un désir durable et stable . sous toutes ses formes , de la plus physique a la plus spirituelle , l' amour reléve de cette aspiration .


par l' union de l' homme et de la femme , l' espéce humaine se perpétue et ainsi satisfait son désir d' éternités . ( désir d' éternités que nous reprendrons avec descartes et la passion ) .

cette aspiration tient a la cause premiére de cet amour , qui n' est pas dans l' homme , dans les dispositions subjectives de son étre , mais dans la beauté de l' objet aimé . l' amour est provoqué par la vision du beau : la cause de l' amour est dans le beau .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Jeu 17 Nov 2016 - 14:39

lecture du discours de socrate .



source jean louis chevreau .



platon opére dans son discours une transformation importante de la question de l' éros .

1) la question porte sur l' étre meme de cet amour . c' est une interrogation ontologique et non plus déontologique ( comme le fait aristophane ) , comme le dit foucault . dans son texte : " l' usage des plaisirs " , il fait remarquer la rupture que platon introduit : " il ne s' agit plus , pour savoir ce qu' est le véritable amour , de répondre a la question : qui faut il aimer et a quelles conditions l' amour peut il étre pour l' aimé comme pour l' amant ? ou , du moins , toutes ces questions se trouveront subordonnées a une autre premiére fondamentale : qu' est ce que l' amour dans son étre meme ?"
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Ven 18 Nov 2016 - 22:40

lecture du discours de socrate .


source jean louis chevreau .



2) la question de l' amour de la vérité . au - dela des différentes choses belles auxquelles l' amoureux peut s' attacher , diotime montre a socrate , que l' amour cherche a enfanter dans la pensée , et a " voir le beau en lui meme " , selon la vérité de sa nature , sans mélange et par " l' unicité de sa forme ." il faut ajouter un point remarquable : le rapport au corps n' est pas dévalorisé , comme le fait l' interprétation chrétienne , qui ne voit dans cet amour dit " platonique " , que le dédain du corps , les plaisirs vils des désirs sensuels . c' est oublié cette dialectique de l' amour , qui a conduit d' un beau corps , vers les beaux corps , et ensuite de ceux ci vers les ames , puis vers ce qu' il y a de beau dans les occupations , les régles de conduite , les connaissances , jusqu' a ce qu' enfin le regard atteigne " la vaste région déja occupée par le beau " , le mouvement est continue . " ce n' est pas , fait remarquer foucault , l' exclusion du corps qui caractérise éventuellement , pour platon , le véritable amour : c' est qu' il est , a travers les apparences de l' objet , rapport a la vérité ."
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Dim 20 Nov 2016 - 20:05

lecture du discours de socrate .


source jean louis chevreau .



3) troisiéme déplacement qu' opére platon , par rapport aux questions traditionnelles , celui de la dissymétrie des partenaires a celle de la convergence de l' amour . les deux amants doivent se porter , et se rejoindre au vrai , par la force du meme éros . il s' agit , fait remarquer foucault , d' une " dialectique d' amour " , qui appelle les deux amants l' un pour l' autre , et qui les porte vers le vrai .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Jeu 1 Déc 2016 - 19:00

4) passage de l' amour de l' aimé , a l' amour du maitre et a sa sagesse .



source jean louis chevreau .



la fin " du banquet " nous montre bien ce passage de l' amour de l' aimé vers l' amour de la sagesse du maitre , car l' éros s' adresse a la vérité , et donc vers celui qui est le plus avancé en sagesse , le plus amoureux de la vérité , qui pourra le mieux guider l' autre vers la maitrise de ses désirs et devenir plus fort que lui meme . celui ci , c' est le maitre , c' est socrate . si les jeunes gens sont amoureux de socrate , c' est parce qu' ils veulent qu' il leur communique le trésor de sa sagesse , et parce qu' il est le plus capable de résister a leur séduction , non pas qu' il repousse tout désir , mais il sait véritablement aimer , c' est a dire aimer le vrai . diotime l' avait dit auparavant : c' est lui , entre tous , qui est savant en matiére d' amour . en fait socrate , dit michel foucault , a les pouvoirs  d' endurance physique , aptitude a l' insensibilité , capacité de s' absenter de son corps et de concentrer en lui meme toute l' énergie de son ame . d' ou peut étre , ce caractére magique du personnage socrate , sa force de séduction , qui fait dire a des commentateurs , que socrate est un sorcier . c' est un sorcier , un chamane , car il a le pouvoir de soigner les possédés . alcibiade le dit dans son discours adressé a la personne qu' il aime : socrate . il reconnait que la force magique de socrate réside dans un éveil , détournant alcibiade de lui meme . il le déposséde de lui meme en lui révélant sa véritable destination : l' amour , comme contemplation de la beauté . alcibiade est beau , mais parce qu' il l' aime , socrate détourne ce désir d' union charnelle , vers une union plus grande , dans la contemplation de la beauté .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Dim 8 Jan 2017 - 3:02

4) passage de l' amour de l' aimé , a l' amour du maitre et a sa sagesse .



source jean louis chevreau .



voyons maintenant les influences de cette philosophie platonicienne du désir . en premier lieu , soulignons la postérité considérable " du banquet ."


les péres de l' église chrétienne vont retenir de cette théorie platonicienne du désir , le théme de l' amour conduisant a dieu - idée que l' on retrouve chez saint augustin ou saint thomas : tout amour de la beauté et du bien est un premier pas sur le chemin qui méne a la beauté divine . a condition de ne pas tomber dans le péché : péché qui séjourne dans les désirs sensuels , c' est a dire ceux du corps .

je cite un passage de " la cité de dieu " de saint augustin : " notre choix s' est arrété sur les patoniciens , les plus éminents , sans contredit , de tous les philosophes , parce que , comme ils ont connu que l' ame de l' homme , toute immortelle et raisonnable ou intellectuelle qu' elle est , ne peut posséder la béatitude qu' autant qu' elle participe a la lumiére de celui qui l' a faite et qui a fait le monde , ils soutiennent que nul n' arrivera a ce qui fait l' objet des voeux de tous les hommes , c' est a dire au bonheur , si , par un amour chaste et pur , il est étroitement uni a cet étre un et souverainement bon , qui n' est autre que le dieu supréme et immuable ."

il est vrai que l' oeuvre de platon a quelque chose de mythique en elle , par l' usage des mythes d' une part , et d' autre part , dans " le banquet " , le langage divinatoire de la prétresse diotime . cependant , cette interprétation religieuse limite la portée de la philosophie platonicienne qui reste avant tout une pensée philosophique rigoureuse , celle du " logos ." ce que nous apprend platon , c' est justement la nature meme de la philosophie qui est " amour de la sagesse " , comme l' indique son étymologie . le mot amour signifie désir , passion , création et soif de vérité . il est vrai que cette soif de vérité , cette passion de la vérité , est plus un chemin qu' une possession . c' est un désir qui dépasse la raison . c' est peut étre en ce sens la que ce désir nous transporte vers un au - dela de nous memes . ce désir créé en nous un enthousiasme , qui nous le savons , en tant qu' enthousiasme , posséde quelque chose de magique , qui nous interpelle , sans toujours savoir quel est son objet . peut étre est il inconscient ? ( ce que nous reprendrons avec l' interprétation freudienne de l' éros platonicien ) .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Dim 8 Jan 2017 - 3:26

4) passage de l' amour de l' aimé , a l' amour du maitre et a sa sagesse .




source jean louis chevreau .



cet enthousiasme exige d' étre communiqué , il nous inspire . d' ou le caractére fécond de ce désir qui inspire la quéte de la vérité et de son enseignement . il n' y a pas d' enseignement sans amour , c' est a dire sans ce désir d' élever l' esprit vers le vrai et le beau . je ne suis pas d' avis qu' il faille remplacer ce concept de 
" beauté en soi " par dieu . que notre aspiration vers la vérité , que les élans de notre pensée nous élévent vers des régions sublimes , régions approchées aussi par les mathématiques , comme le pense platon , nous transportent vers les plus hauts degrés de l' esprit , divin en ce sens , sans y chercher cependant , sa finalité en dieu . les grandes créations spirituelles divinisent l' homme , mais pour dire comme fenerbach , c' est en cela que nous avons créé dieu a notre image : dieu comme perfection désirée : dieu comme l' inaccessible objet de notre désir .

nietzsche saisira bien ce glissement culpabisant et craintif , que le christianisme opéra sur la théorie platonicienne du désir , en définissant cette religion chrétienne , comme " le platonisme du pauvre ." en fait nietzsche , voit dans l' éros platonicien comme un art martial , si je puis dire , que commandait la rigueur philosophique , une maitrise de soi dans le combat public des idées , c' est a dire la dialectique . je le cite dans " le crépuscule des idoles " : " il faudrait plutot définir la philosophie , telle que la pratiquait platon , comme une sorte de lice érotique , contenant et approfondissant la vieille gymnastique afonde ( afon en grec , signifie , lutte , combat ) , et toutes les conditions qui précédaient.............qu' est il résulté , en dernier lieu , de cet érotisme philosophique de platon ? une nouvelle forme d' art de l' agon grec , la dialectique ."
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Dim 8 Jan 2017 - 13:43

4) passage de l' amour de l' aimé , a l' amour du maitre et a sa sagesse .



source jean louis chevreau .



on n' en finirait pas de citer les auteurs , qui , a toutes les époques , ont puisé dans cette théorie du désir . " mort a venise " de thomas mann , est un magnifique chant d' amour platonicien , et aux références directes a platon . mais je pense aussi a ce beau texte de rilke : " lettres a un jeune poéte ." je ne résiste pas au plaisir de vous transmettre ce passage : " l' amour , c' est l' occasion unique de murir , de prendre forme , de devenir soi meme un monde pour l' amour de l' étre aimé . c' est une haute exigence , une ambition sans limite , qui fait de celui qui aime un élu , qu' appelle le large ."


pour finir voyons comment freud pense et interpréte l' éros platonicien .

pour faire court , puisque nous reviendrons sur le sujet , précisons le sens que freud donne a la libido . c' est une énergie quantifiable " des tendances se rattachant a ce que nous résumons dans le mot amour ." c' est donc autre chose que le strict désir sexuel , puisqu' il inclut l' amour des parents , des enfants , l' amitié , et meme nos attachements pour des idées abstraites ou mystiques .

je cite un passage de " l' essai de psychanalyse " , a propos de cette extension qu' il fait du mot amour : " en procédant de la sorte , la psychanalyse a soulevé une tempéte d' indignation , comme si elle s' était rendue coupable d' une innovation sacrilége . et , cependant , en " élargissant " la conception de l' amour , la psychanalyse n' a rien créé de nouveau . l' éros de platon présente , quant a ses origines , a ses manifestations et a ses rapports avec l' amour sexuel , une analogie compléte avec l' énergie amoureuse , avec la libido de la psychanalyse ."
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Dim 8 Jan 2017 - 13:55

4) passage de l' amour de l' aimé , a l' amour du maitre et a sa sagesse .



source jean louis chevreau .



en conclusion, je dirai que les grecs nous ont appris ( ce qu' ils ont du apprendre aussi des orientaux ) que la sagesse consiste dans la maitrise des désirs . le désir n' est pas condamné en lui meme . il n' est condamnable que lorsqu' il subvertit la raison , qu' il produit cette démesure que les grecs appellent l' hubris . platon décrit l' ame en trois parties : le logos ( la raison ) , le thumos ( le courage ) , et le désir
( épithumia ) . le thumos c' est notre volonté a nous les modernes . et nous verrons comment la volonté , éclairée par la raison , donne toute sa puissance au désir légitime , jusqu' a la belle et grande passion , que descartes recommande pour les esprits les plus généreux , dans un traité remarquable ( " les passions de l' ame " ) , dont je vous parlerais .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Dim 8 Jan 2017 - 17:34

la mécanique cartésienne des passions : désir et passion .



source jean louis chevreau .



commencons par définir ces deux notions :

la passion est l' état au - dela duquel , ce qui n' était alors qu' un désir passager et ponctuel , va devenir une force capable de subordonner tous les autres désirs , mais aussi capable de transformer toute la personnalité du passionné .

par exemple , le plaisir de boire , reléve d' un désir et qui procure un plaisir . le passage vers l' alcoolisme , c' est justement la fin du plaisir , cédant le pas a la dépendance , a l' addiction , comme on le dit aujourd' hui , et transformant ce qui était plaisir en souffrance . d' ou l' étymologie du terme : patior , pati , " souffrir " ,
" patir " , voir aussi " pathos ." l' ivrognerie n' est plus la pratique d' un plaisir , mais la négation meme de son objet , puisqu' elle est fondamentalement insatisfaction . ce qui est destructeur dans la passion , c' est l' absence de tout objet . dans le désir , il y a un objet qui est le moyen d' une satisfaction . ce qui caractérise la passion , c' est sa forme abstraite , et le vide dans lequel elle se déploie . en cela le joueur , par exemple , est attiré vers le vide , ou plus exactement par le fait de bruler et se réduire en cendres . je me souviens d' une interview de sagan , qui exprimait bien son attirance pour cette consumation . d' ailleurs , dans le langage des joueurs , on parle des flambeurs .


dans " le joueur " de dostoievski , nous percevons bien ce caractére artificiel du jeu , qui permet au joueur de se croire hors de la réalité , dans un monde d' instants , sans passé , et peut étre sans avenir . c' est ce qui fait dire a andré comte - sponville : " le jeu est une situation artificielle qui montre l' artifice de toute
passion ."
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Lun 9 Jan 2017 - 16:40

la mécanique cartésienne des passions : désir et passion .



source jean louis chevreau .



cependant , pouvons nous réduire toutes les passions a ce processus de destruction , a un échec inévitable ? n' y a t il pas des passions qui réunissent ? la passion de l' amour n' est elle pas parfois d' une grande réussite . cette passion de l' amour n' a t elle pas fait grandir les hommes , les rendant dignes de cet amour ?

il nous faudra donc faire ces distinctions entre toutes ces passions particuliéres , et en premier lieu , il faut en saisir le mécanisme , son origine et ses affects , afin de voir si l' on peut meme en faire un bon usage . c' est donc vers notre grand et moderne philosophe francais , descartes , que nous nous interrogerons sur la nature des passions , et peut étre meme , dégager une éthique des passions . sa morale des passions fut trés influencée par la philosophie stoicienne .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Lun 9 Jan 2017 - 16:59

descartes : les passions de l' ame ( 1649 ) .



source jean louis chevreau .



nous allons commencer par des définitions , que descartes nous donne dans son traité
( article 27 - 28 - 29 ) .


pour descartes , " est passion toute affection causée par le corps et que l' ame rapporte a elle meme : quand l' ame subit son union avec le corps , elle patit , éprouve confusément sa servitude au lieu d' en triompher par la connaissance et la résolution ."

toutefois , la passion ne se confond pas avec l' affection pure ( douleur , plaisir ) , qui , comme état , ne qualifie pas notre conduite ( et que nous connaissons clairement et distinctement . clarté et distinction étant les critéres pour la connaissance de la vérité ) . elle différe aussi de l' émotion banale ( peur , colére ) , dont ce désordre s' épuise a peu prés dans l' instant , par la fuite , par le rire ou les larmes , et dépend surtout des circonstances extérieures .

enfin , on doit l' opposer soigneusement au sentiment : l' amour et l' amitié , les préférences multiples , les sentiments qui nous attachent aux divers groupes sociaux , assurent le role que joue l' instinct chez l' animal : ils inspirent nos pensées , ordonnent nos actions , et , si puissants soient ils parfois , ils nous livrent le monde en nous adaptant a lui .

la passion est bien différente . qu' elle trahisse les retours obscurs de l' instinct ou qu' elle adopte les finesses de l' imagination , elle demeure une servitude . loin d' étre une tendance exclusive qui traduirait notre étre profond , elle développe toutes les conséquences d' une méprise .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Lun 9 Jan 2017 - 23:36

descartes : les passions de l' ame ( 1649 ) .



source jean louis chevreau .



nous allons faire le commentaire d' un texte de descartes , extrait d' une lettre , qu' il a adressé a la princesse élisabeth de bohéme en 1645 , avec laquelle , il entretenait de fréquentes correspondances sur ce probléme des passions . des lettres dans lesquelles il approfondissait l' argumentation , en répondant aux questions de sa correspondante . la princesse a participé a la composition de ce traité , écrit en francais , et qui fut publié et distribué en novembre 1649 .

avant de commencer le commentaire de cette lettre , je voudrais dire combien j' ai d' estime et d' admiration pour ce philosophe , qui a toujours préféré se frotter a la réalité du monde , dans sa vie privée , dans ses voyages , avec ses amis ingénieurs
( fasciné qu' il était par le développement technique ) , rendant toujours sa pensée philosophique vivante et éclairante pour notre existence . bien que ses théses métaphysiques devinrent trés célébres et influentes , il disait ne consacrer que peu de temps a leur élaboration , leur préférant ses études mathématiques , physiques ou physiologiques , ou bien aussi l' observation et le commerce avec ses contemporains . il se méfiait beaucoup des pensées que " les hommes de lettres font , enfermés dans leur cabinet " , comme il le dit , et leur comparait plus favorablement , les hommes de métier , dont les résultats se voient immédiatement dans l' ouvrage meme .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Mar 10 Jan 2017 - 19:39

descartes : les passions de l' ame ( 1649 ) .



source jean louis chevreau .



" mais souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup plus meilleures et plus désirables qu' elles ne le sont ; puis , quand nous avons pris bien de la peine a les acquérir , et perdu cependant l' occasion de posséder d' autres biens plus véritables , la jouissance nous en fait connaitre les défauts , et de la viennent les dédains , les regrets et les repentirs . c' est pourquoi le vrai office de la raison est d' examiner la juste valeur de tous les biens dont l' acquisition semble dépendre en quelque facon de notre conduite , afin que nous ne manquions jamais d' employer tous nos soins a tacher de nous procurer ceux qui sont , en effet , les plus désirables . au reste , le vrai usage de notre raison pour la conduite de la vie ne consiste qu' a examiner et considérer sans passion la valeur de toutes les perfections , tant du corps que de l' esprit , qui peuvent étre acquises par notre conduite , afin qu' étant ordinairement obligés de nous priver de quelques unes , pour avoir les autres , nous choisissons toujours les meilleures . et pour ce que celles du corps sont les moindres , on peut dire généralement que , sans elles , il y a moyen de se rendre heureux . toutefois , je ne suis point d' opinion qu' on les doive entiérement mépriser , ni meme qu' on doive s' exempter , d' avoir des passions : il suffit qu' on les rende sujettes a la raison , et lorsqu' on les a ainsi apprivoisées , elles sont quelques fois d' autant plus utiles qu' elles penchent plus vers l' excés ."( lettre a élisabeth 1645 ) .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Mar 10 Jan 2017 - 20:00

quel probléme se pose descartes ?



source jean louis chevreau .



l' homme est un étre de raison . certes , mais partout nous constatons que les hommes n' obéissent souvent qu' a leurs passions , souvent les plus destructrices . quelle place l' homme doit il réserver aux passions dans son existence ? peut il et doit il se priver de toutes ? peut il cependant , régler ses passions et en tirer quelques profits ?

dés la premiére phrase , la passion apparait avec une certaine force , comme quelque chose de fonciérement impétueux . l' impétuosité de la passion contraint les hommes a précipiter leur jugement et a tenir pour plus grand , ou plus important qu' ils ne le sont en réalité tel ou tel plaisir , tel ou tel bien . la passion ne permet pas a l' homme de savoir vraiment ce qui est : bien au contraire , elle brouille et déforme son savoir en lui faisant croire que " certaines choses sont meilleures et plus désirables qu' elles ne sont ." qu' elles sont ces choses ? qu' est ce que la passion ?
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Mer 11 Jan 2017 - 18:47

quel probléme se pose descartes ?



source jean louis chevreau .



cherchons la réponse dans le texte meme de descartes . ce texte débute par une restriction introduite par la conjonction de coordination " mais ." descartes indique que la passion restreint et perturbe ce qui en théorie ou selon une régle générale devait avoir lieu .

quelle est cette régle ?

le texte indique que descartes oppose la passion a la raison . la régle a laquelle la passion déroge est celle de la raison .

selon le régle de la raison , chaque plaisir se devrait mesurer par la grandeur de la perfection qui le produit , et c' est ainsi que nous mesurons ceux dont les causes nous sont clairement communes . " chaque plaisir se devrait mesurer " , cette remarque de descartes , indique qu' en fait , les choses ne se déroulent pas toujours selon la régle de la raison . la passion fausse , ou dérégle la mesure des plaisirs , laquelle n' est censée accepter comme critére que le plus ou moins degré de perfection de tel ou tel plaisir . or dés lors que le corps est de la partie , la clarté de la connaissance rationnelle des causes des plaisirs , céde souvent le pas a une sorte d' obscurité qui entrave toute mesure . en effet , l' esprit , en tant qu' il est uni au corps , produit " certaines choses " , comme le dit descartes , qui se présentent confusément a l' imagination . ces choses , les objets de notre passion , paraissent souvent plus grandes qu' elles ne sont .
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Ven 2 Juin 2017 - 4:06

Quel probléme se pose Descartes ?


Quelle est cette régle ?



Source Jean Louis Chevreau.



Avec la passion, l' homme cesse d' étre un esprit transparent et découvre l' opacité du corps. Les passions sont déformantes. Leur provenance doit étre recherchée dans l' homme lui meme, c' est a dire dans " l' esprit en tant qu' il est soumis au corps." C' est dans l' épaisseur du corps que naissent les passions. La passion vient de ce que le corps fait en quelque sorte mouvement vers l' ame. Les passions sont ainsi la traduction dans l' ame des mouvements corporels. Nous savons que sur un plan intellectuel, descartes comprend l' homme comme un tout, formé de deux substances, une substance corporelle, et une autre, la substance spirituelle ou ame. Nous savons que l' ame agit sur le corps : ce sont nos actes volontaires ( lever le bras quand je le veux, par exemple ). Le corps peut agir sur l' ame ( par exemple, la souffrance ou le plaisir que j' éprouve ).

Cependant il existe une autre catégorie d' action du corps sur l' ame, c' est celle qu' il produit en affectant l' ame, mais que l' ame rapporte a elle meme, et il ajoute, dans cette définition : " quand l' ame subit son union avec le corps, elle patit, éprouve confusément sa servitude au lieu d' en triompher par la connaissance et la résolution."

En somme l' ame se croit la cause de l' impulsion et du plaisir qu' elle éprouve, alors qu' en réalité, la cause est enfouie dans le corps et l' ignore totalement. Par exemple, l' alcoolique croit que sa volonté est clairement a l' origine de son choix, alors qu' en réalité, il subit un processus neurophysiologique, ( l' addiction ), qui est la véritable cause de son habitude de boire. Cette méconnaissance des véritables causes de nos passions est a l' origine des maux de l' homme. En fait nous ignorons beaucoup de choses qui se passent en notre corps, mais ce qui fait la passion, c' est de croire que nous sommes la cause de certains désirs, alors que nous sommes l' effet d' un processus physiologique ignoré.
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

( f ) le désir .

Message  oursagora le Sam 3 Juin 2017 - 18:13

Quel probléme se pose Descartes ?



Source Jean Louis Chevreau.


Quelle est cette régle ?




La passion est donc une erreur. Ce qui caractérise cette erreur passionnelle, ce n' est pas seulement l' ignorance des causes qui nous font agir, c' est aussi son refus du temps. Comme le dit Ferdinand Alquié : le passionné, en effet, semble étre celui qui préfére le présent au futur, le passé au présent ( Freud dévelopera aussi cette fascination pour le passé, qu' il nommera " fantasme " ). La passion voudrait en quelque sorte l' éternité, et ajoute Alquié : le passionné se souvient en croyant percevoir, il confond, il se berce de réve, il forge la chimére de l' éternité. Deux erreurs donc, qui dans la confrontation avec le réel, est inévitablement voué a l' échec.


Revenons au texte de Descartes, et commentons la suite :

L' expérience, dit Descartes, nous montrera tous les défauts de notre passion, d' ou ces maux que nous connaissons, comme " les dédains, les regrets et les repentirs." Ces maux naissent d' une erreur d' évaluation provoquée par la passion. L' homme s' apercoit de son erreur en essayant de tirer satisfaction de ces biens surestimés, et en voulant en jouir. Puis il ajoute, si l' on veut éviter de faire fausse route, en cherchant a acquérir des biens qui n' en valent pas la peine, l' homme doit se servir de sa raison. Il peut ainsi évaluer a leur juste valeur, les biens qu' il désire acquérir. La raison a une fonction de discrimination. En fait, nous sommes ici assez proche de la pensée épicurienne, car il ne s' agit pas de raison moralisatrice, mais de raison ordonnatrice, calculatrice, et donc discriminante.
avatar
oursagora

Messages : 1438
Date d'inscription : 06/03/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le désir

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum