La Vie Devant Soi
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Sandrine

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Message  Grenouille le Mer 10 Juil 2019 - 2:13

Je vais juste vous raconter le témoignage d'une amitié profonde qui s'est évanouie par le manque de connaissance de soi et des aléas de la vie.
Ce souvenir m'est assez puissant actuellement pour le figer sur la toile. Un nettoyage de plus je suppose.

Nous sommes en 1994, j'ai 24 ans. J'ai accepté l'idée que je sois malade psychologiquement et me voilà en hôpital de jour sur Nantes.
J'accepte aussi le traitement et mon mari est satisfait que je puisse aussi toucher l'AAH.
Autrefois les hospitalisations se passant sans mon accord, les procédures restaient assez violentes, autant pour moi que pour mon entourage.
Là une étape d'acceptation d'une nouvelle croyance venait de pointer son nez et je rentrais dans une phase d'abandon dans le système, un début de confiance dans le personnel soignant.

J'y étais depuis environ trois mois quand Sandrine est arrivée. Petite et chétive avec de grands yeux, sauvage et indomptée à l'intérieur.
Quand j'y pense, elle me faisait penser à un chat en cage qui s'assoit sagement, sachant qu'il ne sortira pas sans l'aide de ceux qui ont la clef. Montrer patte blanche et attendre patiemment. Faire ce qu'on attend de nous, jouer le jeu.
Alors evidemment on était attirée toutes les deux par ce qu'on avait en commun, sauf que moi j'avais baissé les bras depuis peu, mais l'étincelle de ce que je suis était toujours là. Et elle l'avait rallumé.

Ce qu'elle avait rallumé en moi. L'etincelle de vie !
D'un autre côté le traitement que je prenais m'éteignait. Elle me disait "arrete de les prendre !" et je lui disais "si je les prends pas, je serais malade." Contre la bipolarité (ce mot me sort pas les trous de nez aujourd'hui). Elle me disait "ils se trompent, c'est des menteurs". Mais à l'époque j'avais fini par les croire et avait déjà commencé à avoir peur de ce que je suis.

Un jour elle m'a dit "prends ça" et elle m'a tendu son joint de marijuana. J'ai refusé "les medecins m'ont dit que ça accentuait la maladie". Elle a rigolé et a insisté. J'ai fumé.
Ensuite nous sommes remontées à l'atelier du jour qui consistait à se tenir par la main et à sortir des sons de sa bouche. Ensuite nous devions bouger notre corps selon son envie.
J'étais comme désidentifiée ce ce que j'étais à l'époque, comme un recul énorme, sans juger de la situation rocambolesque, mais avec la certitude que ça ne servait à rien, que l'entité à "soigner" n'était pas la bonne et que ça nourrissait plutot un truc malsain, et que ça le renforçait.
Le déclic a plutot été dans le rire de Sandrine "ça c'est la vie !" et "on s'en fiche de ce truc noir qui nous bouffe, et des soignants qui l'alimentent" (même s'ils n'en sont pas conscient) Le déclic a été de comprendre ça.

Un jour elle est partie. Elle me l'avait dit qu'elle ne resterait pas. Elle avait accepté la prise en charge pour éviter l"internement d'office.

Je me suis faite amie avec une nouvelle avec qui j'ai pu exprimer mes émotions "sainement". Dans mes besoins. A l'époque.
Le meilleurs souvenir avec Magalie: l'atelier poterie.
"laissez parler votre inspiration" alors j'ai fait un sexe. Quand j'ai vu que Magalie en avait fait un elle aussi, j'ai explosé de rire. L'infirmier était géné. Dans notre tête d'enfant victime d'inceste, il était évident d'en arriver là si on laissait libre cours à notre inspiration.
Là il y a eu un regard entre Magalie et moi, sans parler on s'est comprise et en même temps, on a ecrasé nos oeuvres sous la paume de la main. J'ai crié "ça c'est de la thérapie !". On a bien rigolé.

J'ai revu Sandrine, on s'était échangé les numéro de téléphone. Plusieurs fois. Elle étais géniale, tellement nature, tellement authentique et pleine d'amour.
Puis elle a commencé à me dire qu'elle voyait des lumières la nuit sortir de son placard, que son chat voyait des anges et qu'elle sortait parfois de son corps.
Ca m'a fait de la peine car je ne pouvais rien faire, ni la rassurer, ni l'aider, car je n'avais pas eu ces expériences (3 ou 4 ans plus tard) et je ne savais pas quoi croire.
Mon mari de l'époque à qui j'en avais parlé m'a fait basculer de son côté et étant considérée comme "malade et fragile" j'ai cessé de la voir.
J'y suis retournée une fois en douce. Une dernière fois.
On a été boire une bière dans un café qu'elle avait l'habitude de fréquenter. Elle est partie deux fois dans les toilettes, pour fumer du shit. Elle était agitée, commençait une phrase sans la finir, passait du coq à l'ane.
Ensuite elle m'a emmené au port, endroit qu'elle frequentait en solitaire.
Aujourd'hui je sais qu'elle était en detresse, mais j'étais dans le jugement, sous traitement lourd et sous le joug d'autorités extérieures qui m'avaient mis en garde du danger psychologique qui pouvait exister si je fréquentais des personnes "instables".

Et je ne l'ai plus revue.

Quelques années plus tard je fais l'experience de trucs bizarres, dont une sortie dehors sans mon corps.  C'est ce qui nous liait encore plus, mais quelques années avant je ne l'avais pas cru. Ca me fait encore mal de l'avoir laissée là sans avoir rien pu faire. Et à qui pouvait-elle en parler à l'époque puisque 20 ans plus tard il est encore difficile d'en parler sans passer pour une "folle", surtout quand on a un dossier suivit à la cpam en psychiatrie ?

En 1998 (par là) j'ai appelé je ne sais pas combien de Sandrine P (nom tres commun, ce qui n'a pas facilité la chose) et ai fini par tomber sur sa voix enregistrée sur un répondeur. Je lui ai laissé un message mais elle n'a jamais rappelé.

Quand on est sur ce fil entre deux mondes, on ne sait pas sur quel pied danser. Elle parlait de retourner chez sa mère. Etouffante, protectrice. La sécurité piègeante ou la liberté ? Je sais de quoi elle parlait, je ressentais la même chose. Nous étions deux chats sauvages cherchant à manger dans la gamelle du "maître" sans être sous sa coupe.
De mon côté j'ai trouvé la force de quitter mon mari de l'époque, ancien barreau de prison, militaire et possessif. Je trouve ma liberté dans la spiritualité.
J'espère aussi que Sandrine a pu s'échapper de sa cage elle aussi.


Conclusion: que pouvais-je y faire ? rien.Je n'étais pas responsable de sa vie. Notre rencontre nous a fait grandir et comprendre beaucoup de choses, en espérant qu'elle ait surmonté cette période et rebondit sur autre chose.
J'avais aussi ma vie à faire, mes expériences à vivre. Pour moi ce qu'il reste c'est le souvenir de ses grands yeux dans les miens, les liens d'âme à âme que nous avons eu. Comme celui d'un chat, sans filtre, direct. Et ça, c'est magique !

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Message  Francesca le Mer 10 Juil 2019 - 8:33

Bonjour Very Happy

Merci pour le partage de cette tranche de vie qui donne à réfléchir chère Grenouille Sandrine 2758329009 Wink Sandrine 3641590030

Etre responsable de soi-même est une des premières qualités d’ETRE.
Et il est vrai que même si lors de notre éducation on ne nous a jamais inculqué de s’occuper de Soi avant les Autres… Il n’en n’est pas moins que nous avons pu le découvrir à nos dépends !!

Merci Sandrine 3641590030

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Message  Plume le Mer 10 Juil 2019 - 10:32

Les épreuves mises sur notre Chemin de Vie nous aident à "grandir" malgré les douleurs morales et physiques.

Il faut du Temps voire beaucoup de Temps pour passer ces caps.

Les rencontres que l'on fait sont sujettes à nous porter à la réflexion même si cela n'est pas immédiat.

Tu as eu raison de nous en parler. Sandrine 2758329009

Il faut beaucoup de courage pour arriver à s'en sortir.


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Message  Jabamiah le Ven 12 Juil 2019 - 19:54

Merci pour le partage. Ce qu'il faut savoir : une belle âme est toujours récompensée. Même si un chemin de vie est très compliqué, il ya toujours une issue, quand on est une "belle personne".

Bisoux

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