Poësie du XXème Siècle

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Poësie du XXème Siècle

Message  shamallo le Mer 30 Jan 2013 - 6:43

Antonin Artaud, homme de théâtre et poëte, a souffert dans l'enfance d'une méningite: à l'époque, sans antibiotiques, il fut soigné aux opiacés, et en garda toute sa vie une grande fragilité de toxicomane. Sa vie fut particulièrement éprouvée.
Néanmoins, il parvient à exprimer de toutes ses forces le désir d'un retour aux sources de l'Art: il frissonne dans toute son oeuvre de torturé vivant.



Avec moi dieu-le-chien, et sa langue
qui comme un trait perce la croûte
de la double calotte en voûte
de la terre qui le démange.

Et voici le triangle d’eau
qui marche d’un pas de punaise,
mais qui sous la punaise en braise
se retourne en coup de couteau.

Sous les seins de la terre hideuse
Dieu-la chienne s’est retirée,
des seins de terre et d’eau gelée
qui pourrissent sa langue creuse.

Et voici la vierge-au marteau,
pour broyer les caves de terre
dont le crâne du chien stellaire
sent monter l’horrible niveau.


Comme quoi, même malade et misérable, on n'en est pas moins homme Rolling Eyes

Pour l'aspect prophétique, cette vidéo (musique glauque à souhaits!)



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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  Francesca le Ven 8 Fév 2013 - 17:26

Faut dire qu'il a dû bien souffrir ce brave homme... aussi bien dans son corps que par la calomnie....

La rage d'exister d'Artaud n'est pas caractérisée par la capacité à s'émerveiller, mais au contraire par la souffrance et l'angoisse incurables. Cela se ressent dans son esthétique littéraire : Artaud déclare par exemple dans "Le Pèse-nerfs" que "toute l'écriture est de la cochonnerie" Wink

Merci pour ce partage shamallo... comment as-tu fais la rencontre avec cet auteur ???


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Francesca
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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  shamallo le Ven 8 Fév 2013 - 18:25

Bonjour Francesca;

J'ai entendu parler d'Antonin Artaud par des amis théâtreux, au lycée, qui parlaient de lui avec une telle admiration que j'ai voulu le connaître.

A la première lecture, j'étais perplexe, et il m'a fallu du temps pour comprendre un peu l'engouement qu'il suscitait. Et quant à l'audition...
A la fin, j'ai vu que même très affaibli, un être vivant a encore beaucoup d'énergie et peut créer. Antonin Artaud était vraiment très étrange: Il dormait près d'une femme, mais avec avec une épée entre eux deux! Et il est parti en Irlande, comme çà, parce qu'il avait décidé d'aller rendre la canne de Saint Patrick aux Irlandais: si bien qu'il a fini par se faire enfermer à l'hôpital.
Qu'est ce qui l'inspirait? L'authenticité qu'il percevait chez les Indiens Tarahumaras.
Leur sens du rituel sacré, qui le fascinait et qu'il voyait transposé dans ce qu'il appelle "Le Théâtre de la Cruauté".
Il finit par déclarer, après avoir beaucoup écrit: "L'écriture, c'est de la cochonnerie." (C'est exactement ce que dit Socrate à Platon.)
A travers les productions culturelles, (en n'excluant pas les séries B, les oeuvres très populaires), on capte aisément la mentalité d'une époque par les rêves, les plaintes et les préoccupations des gens.

Il reste 106 000 Indiens Tarahumaras au Mexique, menacés ou fragilisés par l'expansion de la civilisation actuelle comme tous les groupes humains "indigènes" de la planète.



Belle soirée douce

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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  solasido le Sam 9 Fév 2013 - 8:33

Héliogabale, l'anarchiste couronné



Quatrième de couverture :


Voici le livre le plus violent de la littérature contemporaine, je veux dire d'une violence belle et régénératrice. Héliogabale, né sur un berceau de sperme, mort sur un oreiller de sang est un noir héros de notre monde.
Sa légende est faite de perversité et d'exécration. El Gabal " celui de la Montagne " est non seulement l'empereur dépravé de la Rome pourrissante du Troisième siècle, livré aux vices et à la folie, mais aussi le premier héros infernal de cette rencontre avec l'Orient, dont Apollonius de Tyane fut l'archange. Incarnation du mythe hermaphrodite, adorateur du Soleil et de la pierre noire Elagabale, il a vécu jusqu'à l'extrême le drame de l'affrontement entre le monde gréco-latin et la Barbarie.
Il s'agit bien ici d'un texte initiatique : prête païen et empereur de Rome à l'âge de quatorze ans. Héliogabale annonce à la fois le rite solaire des Tarahumaras, et le sacrifice de Van Gogh le Suicidé de la société, puis la descente aux Enfers d'Artaud le Momo. Héliogabale est l'Anarchiste, avant d'être l'Alchimiste couronné. Ce livre envoûtant, le plus construit et le plus documenté des écrits d'Antonin Artaud est aussi le plus imaginaire. Qui n'a pas lu Héliogabale n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage.


Un avis partagé :


Difficile de faire un essai sur un personnage tel qu'Héliogabale. Celui qu'on a voulu faire passer pour un être pervers et sanguinaire l'était-il réellement ? Extravagant, certes, il était connu pour ça. Mais cruel ? Les Historiens en viennent à se dire qu'on a voulu le faire passer pour, comme le dit Artaud, un fantoche, afin de privilégier son cousin, Alexandre Sévère. Encore une fois, tout n'est qu'une question de politique et, surtout, de religion. Car Artaud le met bien en relief ici. Héliogabale voulait faire un culte unique, un culte solaire... autre décision qui passera pour une excentricité.

Si le texte est plutôt complexe, ne nous voilons pas la face, il reste néanmoins très intéressant. Sous la plume d'Artaud, le personnage prend une dimension nouvelle. Cet essai permet également de mieux connaître cette période durant laquelle la décadence et la luxure régnèrent.

L'anarchiste dit :

Ni Dieu ni maître, moi tout seul

Héliogabale, une fois sur le trône, n'accepte aucune loi ; et il est le maître. Sa propre loi personnelle sera donc la loi de tous. Il impose sa tyrannie. Tout tyran n'est au fond qu'un anarchiste qui a pris la couronne et qui met le monde à son pas.

Il y a pourtant une autre idée dans l'anarchie d'Héliogabale. Sr croyant dieu, s'identifiant avec son dieu, il ne commet jamais l'erreur d'inventer une loi humaine, une absurde et saugrenue loi humaine, par laquelle, lui, dieu, parlerait. Il se conforme à la loi divine, à laquelle il a été initié, et il faut reconnaître qu'à part quelques excès çà et là, quelques plaisanteries sans importance, Héliogabale n'a jamais abandonné le point de vue mystique d'un dieu incarné, mais qui se conforme au rite millénaire de dieu.

Héliogabale, arrivé à Rome, chasse les hommes du Sénat et il met à leur place des femmes. Pour les Romains, c'est de l'anarchie, mais pour la religion des menstrues, qui a fondé la pourpre tyrienne, et pour Héliogabale qui l'applique, il n'y a là qu'un simple rétablissement d'équilibre, un retour raisonné à la loi, puisque c'est à la femme, la première née, la première venue dans l'ordre cosmique qu'il revient de faire des lois.

Héliogabale a pu arriver à Rome au printemps de 218, après une étrange marche du sexe, un déchaînement fulgurant de fêtes à travers tous les Balkans. Tantôt courant à fond de train avec son char, recouvert de bâches, et derrière lui le Phallus de dix tonnes qui suit le train, dans une sorte de cage monumentale faite, semble-t-il, pour une baleine ou un mammouth. Tantôt s'arrêtant, montrant ses richesses, révélant tout ce qu'il peut faire en guise de somptuosités, de largesses, et aussi de parades étranges devant des populations stupides et apeurées. Trainé par trois cent taureaux que l'on enrage en les harcelant avec des meutes de hyènes hurlantes, mais enchaînées, le Phallus sur une immense charrette surbaissée, aux roues larges comme des cuisses d'éléphant, traverse la Turquie d'Europe, la Macédoine, les Grèce, les Balkans, l'Autriche actuelle, à la vitesse d'un zèbre qui court.

http://litteraturedepartout.hautetfort.com/archive/2012/05/17/antonin-artaud-heliogabale-ou-l-anarchiste-couronne.html

Bonne suite et excellente journée à tous
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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  solasido le Mer 27 Fév 2013 - 18:23



Dépêche-toi de rire,
Il en est encore temps.
Bientôt la poêle à frire
Et adieu le beau temps.
D'autres viendront quand même
Respirer le beau temps.
C'est pas toujours les mêmes,
Mais y'a toujours des gens.

Sous le premier empire
Y'avait des habitants.
Sous le second vampire
Y'en avait tout autant.
Même si c'est plus les mêmes,
Tu t'en iras comme eux,
Tu t'en iras quand même,
Tu t'en iras chez eux.

Dépêche-toi de rire,
Il en est encore temps.
Bientôt la poêle à frire
Et adieu le beau temps.
D'autres viendront quand même
Respirer le beau temps.
C'est pas toujours les mêmes,
Mais y'a toujours des gens.

C'est pas moi, c'est mes frères,
Qui vivront après moi.
Même chose que mon grand-père,
Qui vivait avant moi.
Même si c'est plus les mêmes,
On est content pour eux.
Nous d'avance on les aime,
Sans en être envieux.

Dépêche-toi de rire,
Il en est encore temps.
Bientôt la poêle à frire
Et adieu le beau temps.
D'autres viendront quand même
Respirer le beau temps.
C'est pas toujours les mêmes,
Mais y'a toujours des gens.

Jean Tardieu

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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  shamallo le Mer 27 Fév 2013 - 19:05

C'est un poeme pour les petits des gens nés?

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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  shamallo le Ven 22 Mar 2013 - 6:33



La Joie est accourue de tous les coins du monde pour former mon corps.
Les lumières des cieux l'ont baisée et baisée encore jusqu'à l'éveiller à la vie.
Les fleurs des étés trop rapides ont palpité dans son sein, et les voix de l'eau et des vents chantent dans ses mouvements.
Les couleurs ardentes des nuages et des forêts ont afflué dans sa vie, et toutes les harmonies des choses ont caressé ses membres pour leur donner une forme de beauté.
Elle est mon épouse_elle a allumé sa lampe dans ma maison.

Rabintranath Tagore, La corbeille de fruits, 72.

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Re: Poësie du XXème Siècle

Message  shamallo le Mer 17 Avr 2013 - 20:38

Oiseaux, 8.

Oiseaux, et qu'une longue affinité tient aux confins de l'homme...Les voici, pour l'action, armés comme filles de l'esprit. Les voici, pour la transe et l'avant création, plus nocturnes qu'à l'homme la grande nuit du songe clair où s'exerce la logique du songe.

Dans la maturité d'un texte immense en voie toujours de formation, ils ont mûri comme des fruits, ou mieux comme des mots: à même la sève et la substance originelle. Et bien sont ils comme des mots sous leur charge magique: noyaux de force et d'action, foyers d'éclairs et d'émissions, portant au loin l'initiative et la prémonition.

Sur la page blanche aux marges infinies, l'espace qu'ils mesurent n'est plus qu'incantation. Ils sont, comme dans le mètre, quantités syllabiques et procédant, comme les mots, de lointaine ascendance, ils perdent, comme les mots, leur sens à la limite de la félicité.

A l'aventure poëtique ils eurent part, jadis, avec l'augure et l'aruspice. et les voici, vocables assujettis au même enchaînement, pour l'exercice au loin d'une divination nouvelle... Au soir d'antiques civilisations, c'est un oiseau de bois, les bras en croix saisis par l'officiant, qui tient le rôle du scribe médiumnique, comme aux mains du sourcier ou du géomancien.

Oiseaux, nés d'une inflexion première pour la plus longue intonation...Ils sont, comme les mots, portés du rythme universel; ils s'inscrivent d'eux mêmes, et comme d'affinité, dans la plus large strophe errante que l'on ait vue jamais se dérouler au monde.

Heureux, ah! qu'ils tendent jusqu'à nous, d'un bord à l'autre de l'océan céleste, cet arc immense d'ailes peintes qui nous assiste et nous cerne, ah! qu'ils en portent tout l'honneur à force d'âme, parmi nous!

L'homme porte le poids de la gravitation comme une meule au cou, l'oiseau comme une plume peinte au front. Mais au bout de son fil invisible, l'oiseau de Braque n'échappe pas plus à la fatalité terrestre qu'une particule rocheuse dans la géologie de Cézanne.

Saint John Perse.

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Message  belle vie le Lun 6 Mai 2013 - 18:12

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